Au départ, c'est une proposition de
Yoann Pain. Une très bonne idée.
Relier notre base de la Pierre du Coin,
au Barp à l'aérodrome du sud Gironde, situé sur la commune de Cazats, non loin
de Bazas. Là-bas, les gars de l'aéro-club nous attendent avec les grillades
pour le déjeuner.
En ce dimanche de Pentecôte, j'arrive sur
le terrain, un peu avant 7 heures. Claude Chesnel et Pascal Roi sont déjà là.
Serge Gaudin va nous rejoindre quelques minutes plus tard. Claude se met en
l'air très rapidement.
Il a plu abondamment samedi. Le champ
d'aviation est détrempé.
Nous préparons notre matériel. Vent de
nord-ouest quasi nul. Pascal s'élance et trébuche. Serge noie son A3 et doit
sécher sa bougie.
J'ai fini de me préparer, je m'élance et
décolle en laissant le chariot filer vers le bout du terrain. Je suis en l'air
pour assister aux tentatives répétées et sans succès de mes camarades. Les
voiles sont des serpillères impossibles à lever. J'ai décollé à 07:55;
j'informe par VHF Serge que je tente le parcours en solo. Précision qui a –
peut être – sont importance, il s'agit de mon premier vol en 2017. Je n'ai pas
volé depuis octobre dernier.
Autre élément à prendre en compte; j'ai
entré, hier, le waypoint de Cazats dans mon gps Etrex Vista HCx et reconnu le
parcours sur Google Earth Pro. Pour la première fois, j'embarque un alti vario
gps Sys'nav V3. Pas de carte papier.
Très vite, je m'aperçois que je n'ai pas
"zéroté " mon altimètre. Ce n'est pas grave, j'aurai mon niveau de
vol avec le vario. Je mets en marche mon gps. Avec difficulté, car gêné par le
soleil de ¾ face. J'ai dépassé et laisse
à ma gauche le terrain de Cabanac-et-Villagrains. Je progresse vers le
sauternais, à l'estime, car les indications affichées par le gps me semblent erronées.
J'essaie d'obtenir mon cap sur l'écran de l'alti-vario. En vain. Je multiplie
les écrans sans obtenir le cap à suivre. Je vais bloquer l'appareil.
Il fait froid et humide. J'ai enfilé mes
gants pour me réchauffer les mains.
En résumé; pas de cap, pas d'altitude de
vol. Seule, l'observation de la surface doit me permettre de rejoindre la
plancha qui m'attend à l'heure méridienne.
Je survole à présent des vignobles
morcelés. Pas assez vaste pour constituer l'appellation Sauternes. A ma droite,
un château médiéval avec ses tours d'angle. Ce doit être le château de Budos.
Jusque là tout va bien. La surface des vignes prend de l'ampleur, ce doit être
le sauternais. Je sais qu'il faut que je laisse Bommes à ma gauche. Je vire légèrement
vers la droite. Plus loin, j'aperçois une agglomération importante. Pour moi,
il ne peut s'agir que de La Réole. Erreur, il s'agit de Bazas. Je suis à
quelques kilomètres seulement de la plateforme de Cazats. Je me rapproche de
l'autoroute, pour moi, il ne peut que s'agir de l'autoroute des Deux Mers.
Erreur, il s'agit de l'A 65, la Langon-Pau.
Je vais la longer durant un moment,
espérant survoler l'embranchement de l'A 65… Et ce, jusqu'au sud de Captieux.
J'ai de plus en plus froid. Je claque des dents et je tremble de tous mes
membres. Pas étonnant. La lecture de mon relevé de vol, indiquera que j'a volé,
en permanence à plus de 500 mètres. Le point culminant: 962 mètres. L'heure de
vol est dépassée depuis longtemps. Je décide de rentrer au Barp. J'affiche les
coordonnées de la base. Les données sont cohérentes mais j'ai plus de 50 kms à
parcourir. Un rapide calcul; la durée de vol ne devrait pas dépasser 3 heures
au total. Je dois y arriver avec les 15 litres d'essence emportés.
L'œil rivé sur le gps, je vois la distance
me séparant du Barp décroitre rapidement. J'ai détrimé à fond; je vole à une
vitesse comprise entre 45 et 51
km/heure. Malgré tout, le retour est long. Très long. Je suis frigorifié.
J'accroche quelques écharpes de nuages. J'ai des crampes au bras gauche.
Au sol, à ma droite, une ferme solaire. Je
fais 2 photos.
Droit devant, je devine maintenant le
paysage familier de notre base.
Je survole à bonne hauteur la ligne à très
haute tension (THT). Le détail de mes data de vol précise même 600 mètres. En
infraction avec la hauteur limite du plafond de la TMA.
Le silence tout à coup. Le moteur vient de
s'arrêter. Je devine la panne d'essence mais j'essaie de redémarrer. Inutile.
A partir de là, il faut rejoindre la
plateforme. J'enchaîne une série de "S" (PTS) afin de perdre de
l'altitude. Le terrain se rapproche. Je suis légèrement décalé à gauche. Trop
haut. Je vais être trop long. Je percute le support de la manche à air et
atterris dans les maïs. En bordure du champ. La voile s'affale à gauche sans
que je la contrôle et fait basculer mon chariot. Bienvenue dans la terre noire.
Pas de casse. Pas de bobo.
Je téléphone aux camarades qui sont
rassemblés à Cazats pour apprendre qu'ils ont signalé ma disparition aux
gendarmes. Ces derniers vont m'appeler; d'abord la brigade de Captieux, puis le
centre opérationnel. Je rassure tout le monde.
Enseignement:
1.
après vérification, les coordonnées
enregistrées dans le gps étaient erronées.
2.
l'altimètre n'a pas été paramétré avant le décollage
3.
absence de carte à bord
4. en vol solo, téléphone mobile toujours en fonction
Le vol aura duré 2 heures et 35' pour une distance parcourue de 123,4 km de trace homologué à 112,4 km.